L'auteur

En août 2005 je me suis envolée vers l'Inde pour y passer 1an1/2.

Ingénieur en hydraulique, j'ai travaillé au sein d'une cellule franco-indienne de recherche sur l'eau à Bangalore. Sensibilisée aux problèmes d'eau, j'ai voulu en savoir plus sur ceux du sous-continent indien et partager tout ceci sur le net. 

Lundi 15 janvier 2007
Au cours des 50 dernières années plus de 4000 barrages de plus de 15m de haut ont été construits en Inde, faisant de celle-ci un des pays comptant le plus grand nombre de grands barrages dans le monde. Actuellement, de nombreux autres projets sont en cours, le gouvernement a pour objectif d'atteindre une production hydro-électrique de 50000MW d'ici 2012 (actuellement la puissance est de 31000MW, 25% de l'énergie produite est hydraulique, 70% est thermique). L'énergie hydro-électrique est une énergie propre mais qui permet aussi de mieux gérer l'irrigation et d'augmenter ses capacités. Malheureusement l'inondation des vallées entraîne le déplacement de milliers de gens et pose de sérieux problèmes écologiques.
Les grands barrages ont occupé une place d'honneur dans la politique de Nehru après l'indépendance. L'objectif était d'augmenter les capacités d'irrigation pour assurer la sécurité alimentaire (voir article sur la révolution verte) tout en fournissant une source non négligeable d'énergie à une Inde en développement. Les premières contestations des grands barrages sont nées dans les années 80. Un des plus grands projets controversés est celui de la Narmada, fleuve coulant d'est en ouest,  principalement dans l'état du Madhya Pradesh et du Gujarat. Le projet a été lancé par Nerhu et doit aboutir à la construction de plus de 30 barrages dont le plus gros (Sardar Sarovar) doit atteindre 130m de haut. Des conflits sont d'abord nés entre états, le Gujarat en aval bénéficiant de l'irrigation pour ses plaines et le Madhya Pradesh en amont devant faire face aux problèmes de terres immergées et de populations déplacées. Une association, la Narmada Bachao Andolan (NBA), s'est créé à la fin des années 80 pour essayer de limiter la hauteur de ces grands barrages et pour venir en aide aux populations locales. En 1992, suite à un rapport présenté à Washington par l'association, la banque mondiale qui s'était engagée sur 400 millions de dollars, crée une commission d'enquête  sur le projet et décide de se retirer. Les grands barrages ont des conséquences assez dramatiques pour les gens déplacés, qui perdent leurs habitations et toutes leurs racines. En théorie il est prévu que ces gens soient indemnisés, mais en pratique ces gens ne savent même pas ce à quoi ils ont le droit. Parfois ils reçoivent quelque chose du gouvernement, mais n'osent pas contester le fait que c'est trop peu, de peur de ne rien avoir du tout. D'autre fois, c'est la corruption qui prend le dessus et les gens sont obligés de payer pour être inscrits sur les listes et avoir peut-être un jour la chance de toucher quelque chose. Les grands barrages privent en général les pauvres de leur terre et de leur eau pour bénéficier aux riches exploitants agricoles (pour l'irrigation) et aux classes moyennes des villes (pour l'electricité). Le développement national se fait à ce prix là en Inde et peu de choses sont faites pour faire changer cela. Le projet de 50000MW pour 2012 va entraîner de nouveaux déplacements de populations. L'état de l'Arunchal Pradesh au nord-est de l'inde, dans l'Himalaya, disposant de nombreuses rivières et de nombreux emplacements pour des barrages, voit là un moyen de s'enrichir en fournissant l'énergie dont le pays à besoin. Les conséquences sur les populations déplacées, le fait que la région est dans une zone à haut risque sismique et l'écosystème himalayen unique de cet endroit semblent peu entrer en considération dans les projets.
Tout le monde est pour le développement des énergies propres en Inde, mais que faire quand ceci laisse de côté une bonne partie de la population. Certains suggèrent d'écouter Gandhi et de valoriser le local. La construction de petits barrages coûterait moins cher, éviterait le déplacement de milliers de gens, pourrait bénéficier directement aux locaux en terme d'électricité et d'irrigation, améliorerait les recharges de la nappe. Malheureusement à l'heure de la mondialisation et du développement des géants d'Asie, au moment où les grandes villes indiennes voient se développer des pôles d'activité internationale, l'Inde peut-elle se permettre de faire du local?


Souces:
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=HER&ID_NUMPUBLIE=HER_102&ID_ARTICLE=HER_102_0073
http://www.narmada.org/index.html
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/inde/dossier.asp?ida=420710&p=1
http://en.wikipedia.org/wiki/Narmada_Dam
http://www.ips.org/socialforum/0122/devindia.htm
http://www.cslforum.org/india.htm
The Hindu – Survey of the environment 2006 – Status of large dams

Par Caroline - Publié dans : L'eau et la société
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