L'auteur

En août 2005 je me suis envolée vers l'Inde pour y passer 1an1/2.

Ingénieur en hydraulique, j'ai travaillé au sein d'une cellule franco-indienne de recherche sur l'eau à Bangalore. Sensibilisée aux problèmes d'eau, j'ai voulu en savoir plus sur ceux du sous-continent indien et partager tout ceci sur le net. 

Pourquoi ce blog?



Les problèmes liés à l'eau sont majeurs dans les pays du Sud à forte croissance démographique, qui présentent généralement de fortes disparités spatiales et temporelles en terme de disponibilité des ressources. A travers mon expérience en Inde, j'aimerais faire part de la façon dont ce pays, à multiples facettes, fait face aux problèmes d'alimentation en eau, traitement des eaux usées, qualité des eaux, gestion des ressources, organisation, sans oublier le facteur humain. N’hésitez pas à mettre des commentaires, poser des questions, faire part de votre expérience : l’intérêt d’un blog c’est son interactivité !


Mardi 12 septembre 2006
Le Ladakh est une région de l'état du Jammu et Kashmir située au nord ouest de l'Himalaya, à l'ouest du plateau tibétain. Le Ladakh est connu pour ses hautes altitudes, les fonds de vallées les plus bas se trouvent rarement en-dessous de 3000m. C'est une région difficile d'accès, notamment en hiver, mais les militaires sont très présents du fait de la proximité avec la Chine (Tibet) et le Pakistan (en suivant la vallée de l'Indus).
C'est un univers minéral, peu de végétation, peu de sols cultivables. Les précipitations sont faibles, maximum 100mm par an, c'est un vrai désert en altitude. Des inondations se produisent cependant, comme au début août 2006. Etant donnés la topographie (fortes pentes) et le peu de végétation, le ruissellement lors de fortes pluies est très important et résulte souvent en glissements de terrain (disparition de chemins, routes...).
Les Ladakhis ont su s'adapter à cet univers hostile et organiser leurs vies autour de ces conditions climatiques extrêmes. La ressource essentielle, indispensable est bien sûr l'eau. Cette dernière est peu abondante au Ladakh. En s'y rendant l'été en tant que touriste, on ne se rend pas compte que cette ressource fait cruellement défaut au printemps et notamment au moment des semences. A la fin du mois de mars la neige fond dans les vallées, mais ce n'est qu'à partir de fin juin que la neige des glaciers commence à alimenter les rivières. Sachant que la quantité d'eau disponible et les surfaces de terre cultivable sont limitées, il était indispensable pour les ladakhis d'organiser leur société en fonction du peu d'abondance de ces ressources. C'est une des rares régions du monde où se pratique la polyandrie (une femme est mariée à plusieurs hommes). Seul le fils ainé se marie et l'épouse devient alors l'épouse de tous les frères plus jeunes. C'est un moyen de limiter l'accroissement démographique. Une autre façon est encore de limiter le nombre de fils pouvant générer une famille, notamment en les plaçant dans les monastères (au moins 1 fils par famille). Pour optimiser au maximum l'irrigation et les cultures, il est important que les espaces cultivables ne soient pas divisés. Seul le fils ainé hérite donc de la propriété.
Etant données les conditions climatiques difficiles, un vrai sens de l'entre aide et de la collaboration s'est développé au sein des familles ladakhis. Les systèmes d'irrigation ont été organisés de sorte que chaque famille reçoit de l'eau à tour de rôle notamment pendant la période suivant les semences. Des règles sont clairement définies et chacun les respecte. Chaque année quelqu'un du village (en général un ancien et d'une famille différente chaque fois) est nommé et est chargé du bon fonctionnement du réseau d'irrigation pour la saison, c'est le "Chud-pon". Il s'assure que les canaux fonctionnent correctement et si une maintenance est nécessaire il informe les villageois qui effectuent alors les travaux. Il est également chargé de régler les litiges éventuels entre villageois.
Depuis 20, 30 ans le Ladakh change. C'est une région devenue touristique, les échanges avec le reste de l'Inde sont nombreux et la nécessité d'être autosuffisant d'un point de vue alimentaire n'est plus si forte. On trouve maintenant tout le riz qu'on veut à Leh (capitale du Ladakh), alors qu'autrefois c'était une denrée rare et très chère. Les cultures se diversifient, et des programmes de développement voit le jour en vue d'améliorer la production. La polyandrie tend a disparaître, les terres commencent à se diviser entre les differents héritiers. Beaucoup de jeunes quittent leur village pour aller travailler à Leh pendant la saison touristique, entraînant une diminution de la main d'œuvre pour les travaux des champs. Malgré le développement de la région, les systèmes d'irrigation ont peu évolué. Quelques projets financés par l'état indien ont permis de construire des canaux utiles, comme le Zangla Canal de 3 kilomètres de long qui permet d'apporter l'eau d'un ruisseau pour l'irrigation des champs du village de Zangla dans la vallée du Zanskar. Mais malheureusement beaucoup de projets sont des échecs, car souvent arrêtés a mi-chemin à cause d'une mauvaise gestion des fonds ou d'une mauvaise organisation. Un ingénieur originaire du Ladakh, Chewang Norphel, a eu l'idée de créer des glaciers artificiels à une altitude légèrement plus élevée que les villages. Ces derniers fondent progressivement durant les mois d'avril, mai, juin, permettant de fournir l'eau nécessaire à l'irrigation pendant les mois cruciaux qui suivent les semences. L'idée est de dévier l'eau de fonte des neiges non utilisée vers de petits bassins peu profonds qui vont geler pendant l'hiver, puis fondre progressivement au printemps. Dans le village de Phuktsey, un glacier artificiel de 300m de long et de 45m de large permet l'irrigation complète de ce village de 700 habitants. L'avantage de ce système est qu'il est peu coûteux et durable, peut-être un moyen de retenir les jeunes gens dans leur village et de préserver le mode de vie et la culture de cet ancien peuple Bouddhiste.


Cultures au village de Rumtse

Cultures dans la vallée de l'Indus

Confluence entre Indus et Zanskar

Irrigation dans une vallée près du massif du Kang Yaze

Route reconstruite à la hâte après les inondations du mois d'août - Rive de l'Indus

Par Caroline - Publié dans : L'eau et la société
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Lundi 4 septembre 2006
Le sujet de l'accès à l'eau pour tous est un sujet récurrent lors des campagnes électorales indiennes. La plupart des politiciens promettent de l'eau gratuite pour les pauvres. Mais les promesses sont loin d'être tenues. Les pauvres payent l'eau qu'ils consomment, et souvent bien plus cher que ceux qui ont les moyens, en comparaison de leurs salaires. Beaucoup de famille pauvres sont obligées de débourser 20% de leurs revenus (un ouvrier gagne en moyenne 100rps/jour) pour avoir accès a un point d'eau seulement quelques heures par jour, et ne garantissant pas une eau de qualité. Dans les bidonvilles, c'est la débrouille, certains habitants achètent de l'eau dans des bouteilles de 20l, d'autres sont dépendants de la mafia locale qui s'empare et contrôle les points d'eau du quartier,  certains se connectent illégalement sur les conduites d'eau, d'autres encore achètent de l'eau a ceux qui ont une connexion (souvent illégale d'ailleurs).
Contrairement à ce que pensent les politiciens, beaucoup de familles pauvres sont prêtes à payer pour être connectée au réseau. 1500rps sont nécessaires pour une connexion individuelle. Malheureusement les démarches pour avoir une connexion n'aboutissent jamais. Les villes ne sont pas capables de fournir assez d'eau, donc elles restreignent le nombre de connections, notamment en ne répondant pas aux demandes des plus pauvres. En pratique, ceux qui désirent vraiment une connexion finissent par payer quelqu'un pour être relié au réseau illégalement.
Les femmes indiennes, dans les villes comme dans les campagnes, sont les premières concernées par ces problèmes d'eau. Elles passent des heures à ces corvées d'eau, marchent pendant des kilomètres, perdent parfois la journée à attendre leur tour... Dans certains cas, les fillettes arrêtent l'école très tôt pour pouvoir aider aux corvées d'eau. Ces femmes indiennes savent qu'elles ont tout à gagner, finalement, en payant pour un service d'eau de qualité. Le temps économisé pourrait leur permettre d'augmenter les revenus familiaux et permettre à leurs filles d'avoir une meilleure éducation. Le temps est peut-être venu pour les politiciens d'arrêter les promesses utopiques et de se concentrer sur le développement de systèmes durables, peu coûteux d'alimentation en eau pour tous.

Des temoignages de femmes dans les bidonvilles de Mumbay:
http://www.infochangeindia.org/agenda3_06.jsp

Autre source:
http://www.wsp.org/publications/sa_indiapoor.pdf
Par Caroline - Publié dans : L'eau et la société
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