L'auteur

En août 2005 je me suis envolée vers l'Inde pour y passer 1an1/2.

Ingénieur en hydraulique, j'ai travaillé au sein d'une cellule franco-indienne de recherche sur l'eau à Bangalore. Sensibilisée aux problèmes d'eau, j'ai voulu en savoir plus sur ceux du sous-continent indien et partager tout ceci sur le net. 

Pourquoi ce blog?



Les problèmes liés à l'eau sont majeurs dans les pays du Sud à forte croissance démographique, qui présentent généralement de fortes disparités spatiales et temporelles en terme de disponibilité des ressources. A travers mon expérience en Inde, j'aimerais faire part de la façon dont ce pays, à multiples facettes, fait face aux problèmes d'alimentation en eau, traitement des eaux usées, qualité des eaux, gestion des ressources, organisation, sans oublier le facteur humain. N’hésitez pas à mettre des commentaires, poser des questions, faire part de votre expérience : l’intérêt d’un blog c’est son interactivité !


Dimanche 9 juillet 2006
Les indiens sont réticents à laisser s'introduire le secteur privé dans le domaine de la distribution de l'eau. Cependant, les états n'étant pas capables de fournir de l'eau potable de qualité au robinet, les entreprises privées ont pu largement "s'immiscer" dans ce domaine. Il y aurait en Inde 100 à 200 marques d'eau en bouteilles et plus de 1200 usines permettant de traiter l'eau et de l'embouteiller.
Le marché de l'eau en bouteilles est apparu en Inde dans le milieu des années 80. A cette époque seuls les classes supérieures et les touristes avaient les moyens d'en acheter. Dans les années 90, le pouvoir d'achat de la classe moyenne s'est développé, et le marché de l'eau en bouteille a explosé dans les villes. Les consommateurs étant de plus en plus nombreux, les prix ont baissé, divers types de conditionnement se sont développés, comme les bouteilles de 20l par exemple. Chaque année le marché augmente de 40%. Beaucoup d'entreprises internationales sont venues s'installer en Inde: Coca-Cola avec l'eau Kinley, Pepsi avec Aquafina, Nestle avec Pure Life...
L'eau mise en bouteille n'est pas de l'eau de source minérale. La plupart du temps, elle est pompée dans la nappe avant d'être traitée avec des techniques modernes: osmoses inverses, rayons UV... La conséquence d'une telle pratique est la diminution inquiétante du niveau des nappes dans les régions où sont implantées les usines. C'est un business lucratif puisque la matière première: l'eau, ne coûte rien, seulement une taxe au gouvernement qui est parfois dérisoire. Les entreprises sont autorisées à extraire une certaine quantité d'eau, mais il n'y a pas de contrôles de la quantité d'eau réellement prélevée. Coca-Cola a été mis en cause dans des régions où ses usines sont implantées pour être responsable de la diminution des ressources en eau. Au voisinage des usines, l'eau disponible pour l'irrigation et les besoins domestiques des habitants a largement diminué.  
Le consommateur indien pense boire une eau de qualité, en achetant de l'eau en bouteilles, cependant c'est loin d'être le cas. Une norme existe en Inde sur la qualité des eaux en bouteilles, mais très peu de contrôles sont réalisés pour savoir si les entreprises les respectent. En 2003, le Center for Science and Environement a fait des analyses pour évaluer les quantités de pesticides contenues dans les eaux en bouteilles vendues à Delhi et Mumbay (Bombay). Seule l'Évian, qui est importée depuis la France, n'a pas révélé la présence de pesticides! Un mois après la publication de ces résultats, le gouvernements a retiré les licences de 8 entreprises. En 2005, une étude menée par le Punjab Agriculture Univerity, a montré la présence de bactéries coliformes dans l'eau des 9 marques testées dont les plus importantes: Kinley, Aquafina, Bisleri. La présence de ces bactéries indique que l'eau peut contenir des éléments pathogène et est significatif d'un mauvais fonctionnement dans le processus de traitement.
L'eau en bouteille en Inde est un vrai business lucratif. Cependant comme tout business qui peut avoir des conséquences sur l'environnement et la santé des consommateurs, il est nécessaire d'installer des règles et de les faire appliquer. Par manque de moyens, le gouvernement indien ne peut pas exercer de contrôles. Par conséquent les entreprises, qui doivent êtres compétitives, ont tendance à délaisser la qualité et à commettre des abus par rapport aux quantités d'eau qu'elles sont autorisées à prélever.

Sources:
http://www.infochangeindia.org/agenda3_13.jsp
http://www.indbazaar.com/consumerguide/index2.asp?ct=23
http://www.tribuneindia.com/2005/20050715/main2.htm
Par Caroline - Publié dans : L'eau et la société
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Lundi 3 juillet 2006
L'eau est un bien commun essentiel à la vie de chacun. Le gouvernement d'un pays est en charge de délivrer de l'eau à tous ses citoyens. Chaque pays à un système d'organisation qui lui est propre. En France, par exemple, les réglementations sur l'eau sont rédigées par le gouvernement, la mairie est en charge des infrastructures et de la distribution de l'eau (libre à elle de sous-traiter ou non), concernant la gestion des ressources, des agences de bassins ont été créées.
L'Inde est divisée en états fédéraux. Chaque état est responsable des services d'eau et d'assainissement en terme de développement des infrastructures et de gestion des réseaux. Les mairies sont en charge de la distribution de l'eau et la plupart du temps gère la perception des revenus. Pour les grandes villes les états ont créé des "statuary board", comme le Bangalore Water Supply and Sewerage Board (BWSSB), indépendants des mairies. Le but est de leur laisser, en théorie, une plus grande autonomie et une gestion plus facile de la distribution d'eau et du traitement des eaux usées.
Le rôle principal du gouvernement central est de donner des directives politiques de gestion de l'eau au travers de 4 ministères: ministère des ressources en eau, ministère du développement urbain et de l'emploi, ministère des zones rurales et ministère de l'environnement. Le gouvernement central partage le pouvoir législatif avec les états fédéraux. Le cadre légal de l'eau est assez floue, par exemple, les eaux de surface sont sous contrôle central, tandis que les eaux souterraines sont liées à la propriété privée.
Le système indien est caractérisé par une très forte décentralisation au niveau des états. La faiblesse du service publique de l'eau en Inde réside dans une mauvaise coordination entre tous les acteurs, et d'un manque d'argent pour financer les infrastructures. L'Inde a peut-être intérêt à laisser le secteur privée s'introduire. Cette question mérite réflexion car il faut s'assurer que les plus pauvres puissent toujours accéder à l'eau. De plus, les indiens ne sont pas tous prêts à accepter qu'on puisse faire des bénéfices avec un bien commun à tous comme l'eau.

Sources:
http://www.ielrc.org/water/docs.htm#india
www.engref.fr/labogea/Rapport_DEA_breuil.pdf


Par Caroline - Publié dans : L'eau et la société
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